Ordre de décaissement REER, CELI, FERR
L'ordre de décaissement REER CELI FERR ne suit pas une règle unique au Québec. Voici le cadre de décision pour gérer le revenu imposable, année par année.
Dans cet article
À la retraite, l’argent ne sort plus d’un seul compte. Vous avez souvent un REER (qui deviendra un FERR), un CELI, peut-être un compte non enregistré — et chacun est imposé différemment. La question « par où commencer ? » revient sans cesse, et la réponse courte qu’on entend partout — vider le non-enregistré, puis le REER, garder le CELI pour la fin — n’est qu’un point de départ. Au Québec, le bon ordre dépend de vous : de l’âge où vous demandez le RRQ, du seuil de récupération de la PSV, et des paliers d’impôt que vous traversez chaque année. Voici le cadre de décision, plutôt qu’une règle universelle.
Pourquoi l’ordre change l’impôt total
Chaque type de compte a un traitement fiscal distinct, et c’est ce qui rend l’ordre important :
- REER / FERR — chaque retrait est entièrement imposable. C’est aussi le seul compte avec un retrait minimum obligatoire à partir de 71 ans.
- CELI — les retraits sont non imposables et n’augmentent pas votre revenu net de toutes provenances. C’est la réserve la plus souple.
- Non enregistré — seuls les revenus de placement sont imposés (intérêts, dividendes, gains en capital), et les gains en capital ne le sont qu’à moitié. Le traitement est plus doux que celui du REER.
L’erreur classique est de croire qu’il faut vider un compte avant de toucher au suivant. Ce n’est pas le but. Au Québec, l’objectif est de gérer le revenu imposable de chaque année : utiliser les sources imposables (non enregistré, REER) pour remplir les paliers d’impôt faibles, et garder le CELI — qui n’ajoute rien au revenu net — comme amortisseur pour les années où ajouter du revenu imposable coûterait cher.
La règle générale, et pourquoi elle ne suffit pas
La séquence enseignée le plus souvent est : non enregistré d’abord, REER / FERR ensuite, CELI en dernier. La logique : on réalise tôt les gains en capital (doucement imposés), on retarde de payer l’impôt plein sur le REER, et on laisse le CELI croître à l’abri le plus longtemps possible.
Cette logique tient sur le plan du seul report d’impôt. Mais elle ignore trois réalités québécoises qui peuvent en inverser la conclusion :
- Le retrait minimum du FERR. Reporter le REER trop longtemps concentre un gros revenu imposable après 71 ans, quand le retrait minimum s’ajoute au RRQ et à la PSV — souvent dans un palier d’impôt plus élevé que celui qu’on aurait utilisé plus tôt.
- Le seuil de récupération de la PSV. Au-delà de 95 323 $ de revenu net (année de revenu 2026), la PSV est récupérée à raison de 15 % de chaque dollar excédentaire. Un retrait de REER mal placé peut franchir ce seuil ; un retrait de CELI, jamais.
- Le Supplément de revenu garanti (SRG). Pour un retraité à faible revenu, un retrait de REER ou de FERR réduit le SRG de l’année suivante, tandis qu’un retrait de CELI ne compte pas. Le timing du décaissement peut faire toute la différence sur l’admissibilité.
Autrement dit, la règle générale optimise le report de l’impôt ; le Québec optimise le revenu net de chaque année. Ce ne sont pas les mêmes objectifs.
Le cadre de décision : gérer chaque année, pas chaque compte
Plutôt qu’un ordre fixe, raisonnez par année. Trois questions à se poser à chaque année de retraite :
- Quel est mon revenu imposable « plancher » cette année ? Le RRQ, la PSV, une rente du RREGOP, les revenus de placement non enregistrés — ce qui rentre que vous le vouliez ou non.
- Reste-t-il de la place dans les paliers d’impôt faibles ? Si oui, retirer du REER pour la combler est souvent payant : c’est de l’impôt à bas taux payé maintenant, plutôt qu’à haut taux plus tard.
- Est-ce que ce revenu approche d’un seuil ? Le seuil de récupération de la PSV, ou le palier où le SRG diminue. Si oui, c’est l’année où le CELI prend le relais : il finance la dépense sans toucher au revenu net.
Ce cadre explique pourquoi l’ordre optimal varie d’une personne à l’autre. Un couple qui touche deux rentes du RRQ et deux PSV n’a pas les mêmes paliers à remplir qu’une personne seule retraitée tôt avec peu de revenu garanti. La séquence se construit, elle ne se copie pas.
Même retraité, deux ordres de décaissement
Le même patrimoine, le même train de vie — mais deux ordres différents mènent à deux factures fiscales différentes. L'ordre B lisse le revenu imposable sur plus d'années et peut éviter de franchir le seuil de récupération de la PSV après 71 ans. Lequel gagne dépend des montants exacts, du RRQ et de l'impôt québécois, année par année.
Le rôle particulier du CELI
Le CELI est le seul compte dont le retrait n’apparaît nulle part dans le calcul du revenu net. Cela en fait l’outil de précision du décaissement québécois :
- Lisser une année exceptionnelle. Une grosse dépense (toiture, véhicule, voyage) financée par le CELI n’augmente pas le revenu imposable et ne risque pas de franchir un seuil.
- Rester sous le seuil de la PSV. Quand le revenu net approche de 95 323 $, basculer la dépense marginale vers le CELI évite la récupération à 15 %.
- Protéger le SRG. Pour un retraité admissible au Supplément de revenu garanti, financer ses dépenses par le CELI plutôt que par le FERR préserve le revenu faible qui ouvre droit au supplément.
Garder le CELI « pour la fin » n’est donc pas une règle : c’est le garder disponible pour les années où il fait le plus de différence.
L’interaction avec le RRQ et la conversion du FERR
L’ordre de décaissement ne se décide pas isolément. Deux autres décisions le façonnent directement :
- L’âge de demande du RRQ. Reporter le RRQ après 65 ans augmente la rente viagère, mais crée une fenêtre de faible revenu avant qu’elle ne commence — exactement la fenêtre où retirer du REER coûte le moins cher en impôt.
- La conversion du REER en FERR à 71 ans. Le retrait minimum obligatoire qui suit est ce qui, le plus souvent, pousse le revenu au-dessus du seuil de la PSV. Voir venir cette obligation change la stratégie des années qui la précèdent.
La conversion du REER en FERR à 71 ans et son retrait minimum obligatoire
C’est pourquoi l’ordre de décaissement, l’âge du RRQ et la conversion du FERR se planifient ensemble : ils touchent tous les mêmes paliers d’impôt et les mêmes seuils. Un outil de projection qui tient compte du RRQ, de la PSV, de l’impôt québécois et du retrait minimum du FERR, tous en même temps, est la seule façon de lire l’ordre qui vous convient.
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Questions fréquentes
Dans quel ordre retirer ses placements à la retraite ?
Il n'y a pas d'ordre unique. La règle générale enseignée — vider d'abord le non-enregistré, puis le REER, et garder le CELI pour la fin — donne un bon point de départ, mais elle ignore le RRQ, la PSV et l'impôt québécois. Au Québec, le bon ordre est celui qui gère le revenu imposable de chaque année : remplir les paliers d'impôt faibles sans déborder dans les hauts. Il se lit dans une projection, pas dans une règle figée.
Faut-il vider son REER avant 71 ans ?
Pas le vider, mais souvent en retirer une partie plus tôt qu'obligé. Pendant les années à faible revenu — par exemple entre l'arrêt de travail et le début du RRQ — retirer du REER remplit des paliers d'impôt faibles qui resteraient autrement inutilisés, et allège le solde du FERR soumis au retrait minimum après 71 ans. Bien dosé, ce lissage réduit l'impôt total ; mal dosé, il l'augmente. Tout dépend de vos chiffres réels.
Le CELI affecte-t-il le seuil de récupération de la PSV ou le SRG ?
Non. Les retraits d'un CELI ne sont pas imposables et n'augmentent pas votre revenu net de toutes provenances. Ils ne comptent donc ni pour le seuil de récupération de la PSV ni pour le calcul du Supplément de revenu garanti. À l'inverse, chaque dollar retiré d'un REER ou d'un FERR est un revenu imposable qui compte pour les deux. C'est précisément ce qui fait du CELI la réserve la plus souple.
En résumé
- L’ordre de décaissement n’est pas une règle universelle : il se construit année par année, selon votre revenu, vos seuils et vos paliers d’impôt.
- La règle générale (non enregistré → REER → CELI) est un point de départ, pas une réponse. Elle ignore le retrait minimum du FERR, le seuil de la PSV et le SRG.
- Le CELI est l’outil de précision : on le garde disponible pour les années où ajouter du revenu imposable coûterait cher.
- L’ordre, l’âge du RRQ et la conversion du FERR se planifient ensemble, par projection après impôt québécois.
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