Combien faut-il pour la retraite au Québec
La règle du 70 % et celle du 4 % donnent un chiffre, pas une réponse. La méthode québécoise pour estimer combien il faut pour la retraite.
Dans cet article
C’est la première question que tout le monde se pose, et c’est celle qui a le moins de bonne réponse courte. « Combien faut-il pour prendre sa retraite au Québec ? » appelle un chiffre — 500 000 $, un million, « 70 % de votre salaire » — mais le chiffre seul ne dit rien tant qu’on ne sait pas quand vous commencez le RRQ, comment vous décaissez vos comptes, et combien l’impôt québécois prélève au passage. Les deux règles que tout le monde cite, celle du 70 % et celle du 4 %, sont des points de départ honnêtes. Elles deviennent trompeuses dès qu’on les prend pour la réponse. Voici la méthode qui mène au bon chiffre — le vôtre.
La règle du 70 % : d’où elle vient, ce qu’elle vaut
La convention la plus répandue est de viser 70 % de votre revenu brut d’avant la retraite. Retraite Québec la reprend, mais en l’encadrant : on parle en réalité de remplacer entre 60 % et 80 % du revenu brut, selon votre niveau de vie et vos dettes. L’idée tient debout — à la retraite, certaines dépenses disparaissent (cotisations au RRQ et à l’assurance-emploi, épargne-retraite, frais liés au travail), donc vous n’avez pas besoin de remplacer 100 % de votre revenu.
La règle du 70 % sur un revenu de 60 k$
L'écart entre 36 k$ et 48 k$ — soit 12 000 $ par année — n'est pas un détail : sur 30 ans de retraite, c'est la différence entre deux plans très éloignés. Le pourcentage choisit la cible ; vos dépenses réelles choisissent le bon pourcentage. C'est pour cela que le meilleur point de départ reste d'estimer vos dépenses nettes d'impôt, et non de multiplier un salaire par 0,7.
Le défaut de la règle du 70 % n’est pas qu’elle est fausse, c’est qu’elle s’arrête trop tôt. Elle vous donne un revenu cible, pas le capital qu’il faut accumuler pour l’atteindre — et surtout, elle ignore que ce revenu sera composé en partie par le RRQ et la PSV, qui ne viennent pas de votre épargne.
La règle du 4 % : un repère, pas un plan
Pour passer du revenu cible au capital, beaucoup utilisent la règle du 4 % : si vous retirez environ 4 % de votre portefeuille la première année, puis indexez ce montant à l’inflation, le capital devrait durer une trentaine d’années. À l’envers, cela revient à dire qu’il faut un capital égal à 25 fois le retrait annuel souhaité.
Cette règle vient d’une étude américaine de William Bengen, publiée dans le Journal of Financial Planning en 1994, fondée sur l’historique des marchés américains et un portefeuille équilibré. C’est un repère solide pour une première estimation. Mais elle suppose un horizon fixe de 30 ans, un certain mélange d’actions et d’obligations, et surtout elle ne tient aucun compte du RRQ, de la PSV ni de l’impôt québécois. Au Québec, votre épargne n’est qu’une des trois sources de revenu de retraite.
Comment le RRQ, la PSV, le REER et le régime d'employeur s'emboîtent — le guide complet
Ce que les règles oublient : le RRQ et la PSV
Voilà le point que les pages génériques manquent. Une partie de votre revenu de retraite ne vient pas de votre capital : elle vient des régimes publics, et leur montant change selon l’âge où vous les demandez. Quelques maximums pour 2026 :
- RRQ à 65 ans : jusqu’à 1 507,65 $ par mois (rente maximale).
- RRQ à 60 ans : 64 % de ce maximum, soit jusqu’à 964,90 $ par mois — vous touchez plus tôt, mais moins, à vie.
- RRQ à 72 ans : 158,8 % du maximum, soit jusqu’à 2 394,15 $ par mois — vous attendez, mais la rente est bonifiée à vie.
- PSV de 65 à 74 ans : jusqu’à 743,05 $ par mois (montant maximal d’avril à juin 2026).
- PSV à 75 ans et plus : jusqu’à 817,36 $ par mois.
Chaque dollar de RRQ ou de PSV est un dollar que votre portefeuille n’a pas à produire. Reporter le RRQ de 60 à 72 ans peut plus que doubler la rente — ce qui réduit d’autant le capital nécessaire pour atteindre le même revenu cible. La règle du 4 % appliquée seule sur votre épargne, sans tenir compte de ces rentes, surestime largement le capital requis.
L'âge où demander le RRQ change le capital dont vous avez besoin
La méthode québécoise : du revenu cible au capital, après impôt
La bonne démarche ne part pas d’un chiffre magique. Elle se construit en quatre temps, dans cet ordre :
- Estimez vos dépenses réelles à la retraite, en dollars d’aujourd’hui — pas un pourcentage de salaire, mais ce que vous prévoyez réellement dépenser. C’est le seul ancrage fiable.
- Soustrayez le RRQ et la PSV selon l’âge où vous comptez les demander. Ce qui reste est le revenu que votre épargne doit produire.
- Tenez compte de l’impôt québécois. Un retrait de REER ou de FERR est entièrement imposable ; un retrait de CELI ne l’est pas. Pour dépenser 40 000 $ nets, il faut souvent retirer davantage en brut — le montant exact dépend de votre palier d’impôt.
- Convertissez en capital de départ. La règle du 4 % donne une première approximation (capital ≈ 25 × le retrait annuel net du RRQ et de la PSV), à raffiner ensuite par une projection année par année.
C’est cette dernière étape qui sépare une estimation d’un plan. Le RRQ commence à un âge, le retrait minimum du FERR s’impose à un autre, la PSV est récupérée à raison de 15 % du revenu net qui dépasse un seuil (95 323 $ de revenu net, année de revenu 2026) et elle est entièrement récupérée à 154 753 $ (65 à 74 ans). Ces éléments ne s’additionnent pas en ligne droite : ils s’empilent, année par année, et c’est leur empilement qui détermine l’impôt réel et donc le capital dont vous avez vraiment besoin.
Le retrait minimum du FERR s'ajoute au RRQ et à la PSV après 71 ans
Pourquoi un seul chiffre ne suffit jamais
« Est-ce que 500 000 $ suffisent ? » n’a pas de réponse hors contexte. Pour un couple qui touche deux rentes du RRQ et deux PSV, et dont les dépenses sont modestes, 500 000 $ de capital peuvent largement suffire, parce que l’essentiel du revenu vient des régimes publics. Pour une personne seule visant 60 000 $ nets par année, le même capital sera insuffisant. Le montant requis n’est pas une propriété de votre épargne seule — c’est le résultat d’un calcul qui croise vos dépenses, vos rentes publiques et votre impôt.
La règle du 70 % vous donne une cible de revenu. La règle du 4 % vous donne une première idée du capital. Aucune des deux ne connaît le RRQ, la PSV ni l’impôt québécois. C’est précisément l’écart entre ces règles et votre situation réelle que comble une projection faite pour le Québec.
Questions fréquentes
Quel montant faut-il pour vivre à la retraite au Québec ?
Il n'y a pas de chiffre unique. La convention la plus répandue, reprise par Retraite Québec, consiste à remplacer entre 60 % et 80 % de votre revenu brut d'avant la retraite — souvent résumée à « 70 % ». Sur un revenu de 60 000 $, cela donne de 36 000 $ à 48 000 $ par année. Mais ce pourcentage n'est qu'un point de départ : le vrai besoin dépend de vos dépenses réelles, et le capital nécessaire dépend du RRQ, de la PSV et de l'impôt québécois.
La règle des 4 % fonctionne-t-elle ?
C'est un repère utile, pas une garantie. La règle dit qu'on peut retirer environ 4 % de son portefeuille la première année, puis indexer ce montant — elle vient d'une étude américaine de William Bengen publiée en 1994. Elle suppose un portefeuille équilibré et un horizon de 30 ans, et elle ignore le RRQ, la PSV et l'impôt québécois. Au Québec, elle sert à approximer le capital de départ, jamais à fixer le décaissement année par année.
Est-ce que 500 000 $ suffisent pour prendre sa retraite ?
Parfois oui, parfois non — la question est mal posée. À 4 % par an, 500 000 $ produisent environ 20 000 $ la première année, auxquels s'ajoutent le RRQ et la PSV. Pour un couple qui touche deux rentes du RRQ et deux PSV, ce capital peut suffire ; pour une personne seule visant un train de vie élevé, non. Le montant requis se lit dans une projection après impôt, pas dans un seuil fixe.
Pour estimer votre chiffre
- Commencez par vos dépenses réelles à la retraite, en dollars d’aujourd’hui — pas un pourcentage de salaire.
- Retranchez le RRQ et la PSV selon l’âge où vous comptez les demander ; ce qui reste est le travail de votre épargne.
- Traduisez ce revenu net en revenu brut en tenant compte de l’impôt québécois, puis en capital de départ.
- Vérifiez le tout par une projection année par année, où le RRQ, le retrait minimum du FERR et la PSV s’empilent au bon moment.
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