RRQ : faut-il le demander à 60, 65 ou 70 ans ?
La rente du RRQ baisse de 0,5 à 0,6 % par mois avant 65 ans et grimpe de 0,7 % par mois après, jusqu'à 72 ans. Décider selon longévité, revenus et impôt.
Dans cet article
Demander sa rente du RRQ est l’une des rares décisions de retraite qui se prend une seule fois et qui vous suit pour le reste de votre vie. Le Régime de rentes du Québec verse une rente dès 60 ans, à taux plein à 65 ans, et bonifiée si vous attendez. L’écart entre les extrêmes n’est pas mince : la même personne peut toucher une rente beaucoup plus faible ou beaucoup plus élevée selon l’âge où elle la demande. Voici comment le montant change, et comment décider dans le contexte de l’ensemble de votre plan.
Comment le montant change selon l’âge
L’âge normal pour recevoir la rente du RRQ est 65 ans : à cet âge, vous touchez 100 % du montant prévu. Avant et après, deux ajustements opposés s’appliquent.
Avant 65 ans — la réduction. Si vous demandez votre rente avant 65 ans, elle diminue de 0,5 à 0,6 % pour chaque mois d’anticipation, de façon permanente. Le taux exact dépend du montant de votre rente : plus elle est élevée, plus le facteur s’approche de 0,6 %. Concrètement, demander à 60 ans — soit 60 mois avant l’âge normal — donne une rente 30 à 36 % plus faible que celle que vous auriez reçue à 65 ans. Et cette réduction ne disparaît jamais.
Après 65 ans — la bonification. Si vous attendez, la rente grimpe de 0,7 % pour chaque mois passé après 65 ans, jusqu’à un maximum de 58,8 % à 72 ans. Le report au-delà de 70 ans est une nouveauté à connaître : on peut désormais bonifier la rente jusqu’à 72 ans. Après 72 ans, le montant cesse d’augmenter — il n’y a donc aucun avantage à attendre plus longtemps.
Même personne, trois âges de demande
L'écart entre l'option la plus hâtive et la plus tardive dépasse le double, à vie. Mais la rente hâtive est versée plus d'années : le total reçu dépend de combien de temps vous vivez, pas seulement du montant annuel. C'est tout l'enjeu de la décision.
Les facteurs qui penchent vers « tôt »
Demander tôt n’est pas toujours le mauvais réflexe. Plusieurs situations le justifient :
- Une espérance de vie plus courte. Si votre santé ou votre histoire familiale laisse présager une retraite plus brève, toucher la rente plus longtemps peut l’emporter sur un montant annuel plus élevé que vous ne recevriez pas aussi longtemps.
- Un besoin de liquidités au début de la retraite. Si vos autres revenus sont faibles entre 60 et 65 ans, la rente du RRQ comble un creux — et évite parfois de décaisser un REER au pire moment.
- Peu d’autres revenus imposables. Quand votre revenu global est bas, la rente s’ajoute dans des paliers d’impôt faibles : vous en gardez une plus grande part.
Les facteurs qui penchent vers « tard »
À l’inverse, attendre récompense surtout :
- La longévité. Plus vous vivez longtemps, plus la rente bonifiée rapporte. Pour une personne en bonne santé, le report jusqu’à 70 ou 72 ans est souvent l’option la plus payante sur l’ensemble de la retraite.
- Des revenus imposables élevés au début de la retraite. Si vous avez déjà un bon revenu de 60 à 65 ans — un régime d’employeur, des retraits planifiés — ajouter le RRQ par-dessus l’empile dans des paliers d’impôt plus hauts. Attendre laisse la rente grossir pendant que vous puisez ailleurs.
- La protection du conjoint survivant. Une rente plus élevée peut améliorer la prestation versée au conjoint, selon la situation.
L’angle impôt : le RRQ s’empile sur le reste
La rente du RRQ est entièrement imposable. Elle ne vit pas seule : elle s’ajoute à vos autres revenus de l’année et est imposée à votre taux marginal. Au Québec, l’impôt combiné fédéral-provincial grimpe par paliers, et un retraité qui touche déjà une pension d’employeur, des retraits de FERR et la PSV peut voir le RRQ poussé dans un palier plus élevé.
Il y a un effet de plus à surveiller : la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) est récupérée par l’impôt — le « recouvrement » — au-delà d’un certain revenu net. Une rente du RRQ plus élevée peut donc faire perdre une partie de la PSV. Ce genre d’interaction n’apparaît pas si l’on regarde le RRQ isolément ; il se voit seulement dans une projection qui additionne toutes les sources, année par année, après impôt québécois.
Le retrait minimum du FERR à 71 ans, qui s'empile sur le RRQ et la PSV
Décider dans le contexte de tout votre plan
La question « 60, 65 ou 70 ? » n’a pas de réponse universelle, parce qu’elle dépend de variables qui sont propres à vous : votre espérance de vie, vos autres revenus à chaque âge, votre situation fiscale et, si vous êtes au secteur public, la mécanique de votre régime d’employeur. Un point important pour les membres du RREGOP et des régimes apparentés : reporter le RRQ pour le bonifier ne déplace pas la coordination de votre pension d’employeur, qui survient à 65 ans quoi qu’il arrive. Les deux décisions doivent se regarder ensemble.
La bonne façon de trancher n’est pas une règle de pouce, mais une comparaison : pour votre situation, à quoi ressemble le revenu net, année par année, selon que vous demandez le RRQ à 60, à 65 ou à 70 ans ? C’est en superposant ces scénarios qu’on voit lequel tient le mieux la route — sur toute la durée de la retraite, et pas seulement la première année.
Questions fréquentes
De combien ma rente du RRQ baisse-t-elle si je la demande à 60 ans ?
Entre 30 et 36 %, de façon permanente. La réduction est de 0,5 à 0,6 % pour chaque mois d'anticipation avant 65 ans, le taux exact variant selon le montant de votre rente. Demander à 60 ans, soit 60 mois avant l'âge normal, donne donc une rente de 30 à 36 % plus faible à vie.
Vaut-il la peine d'attendre après 65 ans ?
Pour chaque mois de report après 65 ans, la rente augmente de 0,7 %, jusqu'à un maximum de 58,8 % à 72 ans. Après 72 ans, le montant n'augmente plus. Attendre est généralement avantageux pour une personne en bonne santé qui a d'autres revenus au début de la retraite, mais le bon choix dépend de votre situation complète.
Puis-je travailler tout en recevant ma rente du RRQ ?
Oui. Vous pouvez demander votre rente dès 60 ans même si vous continuez de travailler. Vos cotisations peuvent alors donner droit à un supplément. La décision de l'âge de demande reste distincte de celle d'arrêter de travailler.
Le report du RRQ change-t-il la coordination de mon régime du secteur public ?
Non. Si vous êtes membre d'un régime comme le RREGOP, la coordination s'applique à 65 ans peu importe l'âge où vous demandez le RRQ. Reporter le RRQ ne déplace pas la marche de 65 ans de votre pension d'employeur.
Avant de fixer l’âge de demande
- Estimez votre espérance de vie honnêtement — c’est la variable qui pèse le plus dans le calcul.
- Regardez vos autres revenus à chaque âge, de 60 à 72 ans, pas une moyenne.
- Tenez compte de l’impôt québécois et du recouvrement de la PSV : le RRQ s’empile sur le reste.
- Si vous êtes au secteur public, coordonnez ce choix avec la mécanique de votre régime à 65 ans.
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